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Historique de Franquelin
La Côte-nord est une région relativement jeune puisque son développement s'est fait en ce début de siècle ; l'industrie forestière n'est pas étrangère à ce développement tardif, mais rapide. En fait, les premières compagnies forestières venues des États-Unis, ont vite compris le potentiel que la région offrait, c'est-à-dire une source immense de matière première, le bois.
Deux compagnies ont tenté leur chance à Franquelin avant 1920, mais c'est l'Ontario Paper Company, (plus tard la Quebec North Shore Paper Co) qui prit l'initiative de développer la région de Franquelin. En fait, cette compagnie était possession du colonel Robert McCormick, le même qui possédait aussi le Tribune Company qui publiait notamment le Chicago Tribune et le New York Daily News.
Les moyens techniques des années vingt étaient très peu développés par rapport à aujourd'hui ; il fallait couper le bois au sciotte, le transporter avec l'aide des chevaux et le draver, c'est-à-dire le faire flotter sur les différents cours d'eau pour le transporter. Le bois, rendu à Franquelin, était écorcé expédié à Thorold, en Ontario, puis à Baie-Comeau à partir de 1937 pour alimenter les papetières de la compagnie. Toutes ces opérations nécessitaient beaucoup de main-d'oeuvre ; or, celle-ci était quasi-inexistante dans la région, il fallait faire venir des agriculteurs du Bas-St-Laurent, de la Gaspésie et de la Basse-Côte-Nord. Alors que les années 30 sont marquées par la crise un peu partout dans le monde et que le sang coule en Europe au début des années 40, la région de Franquelin se voit isolée de ces maux et connaît pratiquement le plein emploi. La Quebec North Shore poussa l'audace jusqu'à construire une autre ville, celle de Baie-Comeau, en 1937.
Cet isolement, il va s'en dire, créa un petit monde où on vit l'apparition d'une micro société ; les bûcherons développèrent une solidarité hors du commun et des familles se fondèrent à Franquelin. Il faut bien garder en tête que le village n'était accessible que l'été, lorsque le fleuve Saint Laurent était libéré de ses glaces ; la route n'étant ouverte que tardivement, en 1960.
Les conditions étaient difficiles pour les bûcherons : hivers rigoureux, vie dans des camps de bois rond, isolement, travail très physique, hygiène parfois difficile (présence de poux...), absence de vie privée. Par contre, ces gens étaient foncièrement heureux et de bon vivants. Sur le chantier vivaient jobbeurs, mesureurs, bûcherons, charretiers, draveurs, commis, cook, forgerons, etc. Chacun avait un rôle indispensable pour mener à bien l'exploitation forestière. Peu scolarisés pour la plupart, leur formation, ils l'avaient sur place, à bout de bras.
Les années 50 vont marquer un changement drastique pour les travailleurs forestiers. En fait, cette époque marque une "révolution mécanique" pour l'industrie. Peu à peu, grâce notamment aux inventions du Québécois Joseph-Armand Bombardier ainsi qu'aux scies mécaniques, le travail va se mécaniser de plus en plus et les opérations forestières vont être facilitées grandement. Toute bonne chose a cependant une fin ; le sort fut jeté, la compagnie quitta définitivement Franquelin en 1959, à l'aube de la Révolution Tranquille. L'épuisement de la ressource à proximité de village aura eu raison, entre autres, de la vocation forestière de Franquelin.
Voilà donc un jalon important de notre patrimoine que nous voulons conserver et tel est le but du Village Forestier d'Antan ; c'est-à-dire permettre de faire connaître la richesse de notre passé et le dur labeur de nos prédécesseurs afin d'éviter que la mémoire collective jette aux oubliettes cette riche histoire de notre coin de pays
Jimmy Grenier 
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